Fréjus, cathédrale Saint-Léonce

Jusqu’à Noël, le festival Sacrée Musique ! fait étape dans 10 lieux uniques du patrimoine varois pour des concerts illuminés à la bougie. Le long des côtes de la Méditerranée et au cœur de la Provence verte, redécouvrez l’exceptionnelle beauté de ces sites de culture et de foi et leur étonnante histoire.

Ouvrons les portes de l’église Saint-Nazaire de Sanary-sur-Mer.

Sanary-sur-Mer est un des joyaux de la Côte d’Azur. Une beauté rare qui a su garder son authenticité et son identité. En témoignent les pointus – ces barques de pêche traditionnelles emblématiques de la Provence – aux mille couleurs alignés tout le long du port. 

Origines. Le nom de Sanary vient du vieux provençal Sant Nazari, qui a évolué en Sant Nari, puis en Sanàri. Mais Sanary s’est aussi appelée pendant de longs siècles Saint-Nazaire. Cette version francisée est abandonnée sous la Révolution qui interdit les noms religieux (le gouvernement de Paris ne sachant pas le provençal !) Le nom devient celui que la ville porte aujourd’hui : Sanary.

Pendant des siècles, des bateaux sont partis en mer à la pêche ou à l’aventure. Face au port, l’église Saint-Nazaire propose un tout autre voyage digne des Mille-et-une-Nuits : passées ses portes, l’on est comme projeté à des milliers de kilomètres de là, en plein cœur de l’Orient.

De somptueuses fresques du sol aux voûtes

Des fresques d’icônes recouvrent intégralement les murs jusqu’aux voûtes. Elles semblent présentes depuis toujours tant l’harmonie avec l’édifice est parfaite. L’artiste Jean-Baptiste Garrigou les a pourtant terminées en 2006.

Héritier de la culture orthodoxe russe, l’iconographe a créé une œuvre qui a pris chair et vie. Et l’on peut suivre ces fresques comme un véritable parcours biblique.

Technique ancestrale. On dit que l’iconographe ne « peint«   pas mais « écrit » une icône, car c’est une mise en image de l’Écriture Sainte. Plus qu’un artiste, l’iconographe est aussi un priant… à la technique redoutable. L’auteur des fresques de Sanary, Jean-Baptiste Garrigou, n’ utilise ainsi aucun support visuel ou maquette : à partir d’un passage de la Bible, il applique son fusain directement sur les murs et tout est travaillé à l’œil. Il utilise ensuite la technique antique de la fresque « a secco » : une base de chaux, puis minéraux, silice, verre fondu qui cristallise la couleur. En fait, c’est la composition du calcaire à l’état primitif reproduit sur les murs par la chimie. Et le mur respire, éliminant le problème d’humidité. 

Les représentations de l’Ancien Testament sont concentrées dans le narthex, notamment les différents actes de la création du monde.

Quelques grands épisodes de la vie du Christ se retrouvent dans la nef : les noces de Cana font face à la Cène ; au centre du transept, l’autel est un tombeau symbolisant le passage de la mort à la vie, alors que la coupole figure la Pentecôte.

On rencontre aussi des épisodes de la vie de Marie ou des reproductions de saints des temps bibliques jusqu’à notre époque contemporaine.

Toutes les lignes convergent vers le chœur, lieu sacré où trône un Christ en gloire dit « pantocrator », qui contient l’univers et diffuse le message de l’Évangile aux quatre coins du monde.

Double inspiration. On remarque que l’artiste n’a pas utilisé de fond bleu, contrairement à Byzance, mais la gamme plus sobre de l’Occident : blanc cassé, rosé, ocres roux ou jaunes, qui sont les couleurs des fresques romanes. En phase avec l’architecture à la fois romane et néo-byzantine de l’église.

De Rome à Byzance

L’église de Sanary semble elle aussi avoir toujours existé tant sa présence est indissociable de la « carte postale sanaryenne ». L’édifice est pourtant relativement récent.

C’est en effet Michel Pacha, l’emblématique maire de Sanary, qui décide en 1890 d’offrir une nouvelle église à son village natal sur ses deniers personnels, en lieu et place de l’église provençale du 16e siècle, qu’il vient pourtant de faire restaurer en partie à ses frais.

Frictions. Le projet de nouvelle église fait scandale à l’époque. Le clergé et une partie de la population se mobilisent. Pour couper court à cette opposition déterminée, on commence tout bonnement par démolir l’ancienne église ! 450 ans d’histoire tombent d’un seul coup en poussière. Les plans et devis pour la construction du nouvel édifice sont soumis au Conseil Municipal. Et si les élus n’apprécient guère cette politique du « fait accompli », ils se retrouvent bien obligés de donner leur accord ! Mais ce n’est pas la première fois que le population de Sanary se divise. Au 18e siècle, la ville est séparée en deux camps : ceux qui se battent pour obtenir leur indépendance vis-à-vis d’Ollioules, de qui Sanary dépend, et ceux qui veulent rester fidèles à la commune voisine. Pour éviter que les frictions ne dégénèrent à la messe dominicale, le clergé crée deux entrées dans l’église. Les « manants » partisans de l’indépendance entrent par le sud, les partisans d’Ollioules par l’ouest. « Aimez-vous les uns les autres », qu’ils disaient !

Michel Pacha est pétri de culture orientale. Au Levant, il a modernisé les phares et balises des côtes de l’Empire ottoman ; il a exploité la concession des quais des ports d’Istanbul ; il a même reçu du sultan Abdulhamid II le titre honorifique de pacha, d’où son surnom.

Alors pour le choix architectural de « son » église, l’homme va unir en un même projet les deux poumons de sa vie : l’Occident et l’Orient. Ainsi l’église de Sanary est-elle construite avec cette double inspiration romane et néo-byzantine.

Et on garde les mêmes saints patrons : saint Nazaire et saint Celse. 

Les incorruptibles. Nazaire naît à Rome au 1er siècle. Son père est un haut fonctionnaire de l’administration de l’armée romaine mais lui adopte la foi chrétienne, pourtant interdite. Il abandonne tous ses biens et décide d’aller prêcher l’Évangile en Gaule où il rencontre son disciple Celse. Ils sont arrêtés plusieurs fois et finissent par être condamnés à la noyade. Au cours de leur transport, leur barque est assaillie par une effroyable tempête qu’ils apaisent miraculeusement. Pour les remercier de ce prodige qui leur a sauvé la vie, les gardes les libèrent. Poursuivant leur activité missionnaire, les deux compères sont de nouveau condamnés à mort et décapités en l’an 56, sous le règne de l’empereur Néron. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 395, Ambroise, évêque de Milan, aurait eu la révélation du lieu où les deux saints avaient été inhumés : dans un jardin hors de la ville. Les corps auraient bien été retrouvés et exhumés… dans un état de parfaite conservation. Les reliques de saint Nazaire et de saint Celse se trouvent aujourd’hui à l’église Saint-Ambroise à Milan. Et l’église de Sanary s’appelle dans la version complète de son nom : paroisse Saint-Nazaire-Saint-Celse, tant la destinée de ces deux-là fut liée.

Les incontournables

  • Les fresques de Jean-Baptiste Garrigou qui couvrent intégralement l’intérieur de l’église
  • L’orgue contemporain réalisé par le facteur d’orgues Pascal Quoirin, l’un des plus beaux de la région
  • Le chemin de croix qui parcourt la ville jusqu’à l’église avec ses magnifiques stèles en pierre de Cassis de 2,30 mètres de haut, dont chacune supporte une icône peinte.

Tradition. Héritées du Moyen Âge, les processions religieuses perdurent encore aujourd’hui. À Sanary, on célèbre Saint-Nazaire, le saint-patron de la ville, et Saint-Pierre, le patron des pêcheurs. Mais la Vierge Marie fait l’objet d’une dévotion toute particulière. Une foule de fidèles la célèbre tous les 15 août avec une constance qui n’a jamais faiblie depuis plus de 4 siècles.

Bonne visite et à bientôt pour vivre l’expérience Sacrée Musique !