Basilique Notre-Dame de la Victoire de Saint-Raphaël

 

Jusqu’à Noël, le festival Sacrée Musique ! fait étape dans 10 lieux uniques du patrimoine varois pour des concerts illuminés à la bougie. Le long des côtes de la Méditerranée et au cœur de la Provence verte, redécouvrez l’exceptionnelle beauté de ces sites de culture et de foi et leur étonnante histoire.

Ouvrons les portes de la basilique Notre-Dame de la Victoire de Saint-Raphaël.

À quelques encablures de la mer, la basilique Notre-Dame de la Victoire se dévoile à la vue comme une apparition extraordinaire. Devant nos yeux, la gloire de Byzance ! Édifiée dans le style romano-byzantin, la superficie totale de l’édifice est de 950 m2 alors que son gigantesque dôme le fait culminer à 35 mètres de haut !

Un rêve oriental. Le style néo-byzantin est très en vogue entre la deuxième moitié du 19ème siècle et le début du 20ème siècle. La fascination de l’Occident pour « l’exotisme » oriental n’y est pas étranger. Les basiliques du Sacré-Coeur de Montmartre à Paris, de Notre-Dame de la Garde à Marseille, de Notre-Dame de Fourvière à Lyon, de Sainte-Thérèse à Lisieux ou encore la cathédrale Notre-Dame-Immaculée de Monaco sont autant d’édifices emblématiques de ce style. Son architecture se caractérise par des arcades et des voûtes en plein-cintre ainsi que des dômes et l’emploi, dans la décoration, de la mosaïque. À Saint-Raphaël, les ouvertures de la nef sont de type mauresque. La peinture de la voûte intérieure du choeur de Notre-Dame de la Victoire rappelle la basilique Sainte-Sophie de Constantinople (Istanbul). Byzance fait rêver…

L’église Notre-Dame de la Victoire est édifiée à la fin du 19ème siècle quand le Maire Félix Martin entreprend de transformer le petit village de pêcheurs de Saint-Raphaël en attrayante cité touristique. La croissance de la ville est telle que la vieille église San Rafeu devient trop petite pour accueillir tout le monde.

L’abbé Bernard, curé de paroisse, confie le projet à l’architecte Pierre Aublé, en 1883. L’église est inaugurée le 14 avril 1887 puis consacrée un an plus tard, jour pour jour, le 14 avril 1888.

La roche rouge de l’Estérel

La basilique Notre-Dame de la Victoire impressionne par son style mais aussi par la pierre qui a servi à sa construction, pour la plus grande partie en grès rose de l’Estérel, un massif proche de Saint-Raphaël.

Un massif vraiment massif. Les reliefs accidentés, les paysages déchiquetés et les criques abruptes de l’Estérel témoignent de son histoire géologique mouvementée ! Né il y a 250 millions d’années, ce massif volcanique de 32.000 hectares (!) est d’abord rattaché à l’Afrique mais finit par s’en séparer alors que se forme la Méditerranée. Un petit bout part même à la dérive : c’est la Corse ! À cette époque, une intense activité volcanique règne avec formation de basalte puis de rhyolite. C’est cette roche rougeâtre caractéristique qui donne son charme si particulier à la basilique de Saint-Raphaël.

L’édifice doit son titre à la protection que Notre-Dame offrit aux armées chrétiennes contre la flotte ottomane dans la célèbre bataille de Lépante, le 7 octobre 1571. Une statue dorée de Notre-Dame de la Victoire est ainsi disposée au sommet de la basilique.

La bataille du siècle. Le 16è siècle est marqué par l’expansion de l’Empire Ottoman. Après avoir occupé presque tout le bassin méditerranéen, l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient, la péninsule baltique, les Turcs menacent l’Europe occidentale. En août 1570, les forces turques s’emparent de Chypre. Plus de 20.000 habitants de Nicosie sont mis à mort. Une alliance, la « Sainte Ligue », se créée alors sous l’impulsion du pape Pie V. Le monde chrétien dépasse ses querelles internes : l’Espagne, Venise, les États Pontificaux, la république de Gênes, le duché de Savoie, l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem… se rangent derrière une même bannière. Le matin du 7 octobre 1571, 213 galères de la Sainte Ligue sous le commandement de don Juan d’Autriche affrontent 300 vaisseaux de la puissante flotte turque d’Ali Pacha dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce. Environ 100.000 hommes combattent dans chaque camp. Ce 7 octobre, Pie V implore la Vierge Marie de sauver la chrétienté. Il contemple alors en vision l’issue heureuse du combat de Lépante, qui se réalise ! La victoire de la Sainte Ligue met un coup d’arrêt à l’expansionnisme ottoman vers l’Europe. La fête de Notre-Dame de la Victoire est instituée. Elle deviendra par la suite la fête du Saint-Rosaire, le « miracle de Lépante » étant attribué à la prière faite à Marie.

Qu’est-ce qu’une basilique ?

L’église Notre-Dame de la Victoire n’est devenue basilique que récemment, le 14 janvier 2004, par un décret de la Congrégation pour le Culte divin – l’une des neuf congrégations qui constituent la Curie romaine et qui veille sur la bonne « orthodoxie » de la liturgie.

50 nuances d’églises. Une église, tout le monde sait à peu près ce que c’est. Mais ce serait trop simple si l’on s’arrêtait là ! Il y a en fait de nombreuses sortes d’églises. Une abbatiale, par exemple, est l’église d’une abbaye (ou monastère) dirigée par un abbé ou une abbesse, responsables d’une communauté de moines ou de moniales. Une chapelle est une petite église. Une paroisse est l’église d’une communauté qui habite sur un territoire donné – un quartier, un village – et confiée à un curé. Une collégiale est une église, autre que cathédrale, desservie par un collège de chanoines, des religieux vivant dans le monde, contrairement aux moines qui s’en retirent. Une cathédrale est l’église d’un évêque. Un évêque est responsable d’un diocèse, dont les limites géographiques correspondent peu ou prou à celles du département. Enfin, une basilique est le plus prestigieux honneur que puisse recevoir une église. Une basilique a un passé glorieux et est reconnue par le pape lui-même. À noter qu’on distingue les basiliques majeures qui sont à Rome, au nombre de quatre, et les près de 1500 autres basiliques mineures dans le monde, dont 117 en France. Bon… pour le vocabulaire, rassurez-vous, on finit par s’y retrouver !

Les incontournables

  • Le choeur et ses fresques représentant les saints d’Orient à gauche et les saints d’Occident à droite
  • Les vitraux du choeur, des chapelles et de la nef réalisés entre 1954 et 1978 par Gabriel Loire et son fils Jacques, maîtres verriers à Chartres, selon la technique de la dalle de verre sertie dans un ciment souple, préférée à celle, plus traditionnelle, du verre de vitrail monté sur plomb
  • Le grand orgue, fierté des fidèles et de son titulaire, Michel Colin
  • La croix du sanctuaire, reproduction d’une croix byzantine du 14ème siècle montrant le Christ revêtu des ornements sacerdotaux
  • L’autel, dessiné par le sculpteur Claude Gruer et taillé dans du granit doré, la pierre la plus dure qui soit, provenant du Chili
  • La statue polychrome du 18ème siècle de l’archange Raphaël et Tobie

Ange gardien. L’histoire de Raphaël et Tobie est un récit du 8ème siècle avant Jésus-Christ raconté dans la Bible. Tobie est chargé par son père d’aller au loin régler une affaire de famille. Au cours de ce long voyage, il est guidé par un homme qui devient son compagnon de route. Tobie ne le sait pas – il ne l’apprend qu’à la fin de son périple – mais cet homme est en réalité l’archange Raphaël. Au cours de cette aventure, Tobie rencontre sa femme, qui est délivrée des démons qui la tourmentent; Raphaël lui donne aussi le secret d’une lotion pour guérir les yeux de son père aveugle. Raphaël signifie en hébreu « Dieu guérit ». Il est ainsi devenu le patron des médecins, mais aussi le symbole de l’ange gardien. L’angélologie chrétienne – l’étude de l’Église sur les anges – nous apprend que Dieu met un ange gardien à disposition de chaque homme pour guider sa vie, comme Raphaël pour Tobie. Saint padre Pio dit de l’ange gardien qu’il est « le frère jumeau de notre âme » et que l’on peut se confier à lui en toute circonstance, notamment dans le danger !

Bonne visite et à bientôt pour vivre l’expérience Sacrée Musique !